Marine Le Pen et les startups sont dans un bateau…

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Soutient-on les startups et les emplois français avec une France plus fermée ?

Dimanche prochain se joue un vote important, le choix entre deux visions, dont l’une est clairement antinomique avec un écosystème startup, l’un des plus beaux vecteurs d’emplois possible à moyen terme et avec lequel tout pays doit aujourd’hui compter.

 

Les startups ne sont pas un sujet de niche, mais primordiales pour l’emploi, et quasi absentes du programme FN !

Les emplois ne se créent plus dans les grands groupes, mais dans les startups. Pléthore d’études le démontrent, d’où les nombreuses initiatives, partout dans le monde, pour créer et soutenir le développement d’écosystèmes startups solides.

Le schéma ci-dessous illustre cela de manière très claire. Sur ce point l’exemple américain fait sens.

La création d’emploi est faite par les startups.

Pour créer des emplois, il faut donc des créations de jeunes entreprises.
Et, celles qui créent le plus vite des emplois, sont par définition les startups.

Or, le sujet startup est peu abordé directement dans le programme du FN, car sûrement peu maîtrisé.

Le constat est pourtant simple et tient en 5 axiomes :

  • Les emplois ne se créent plus dans les grands groupes mais dans les startups.
  • Le marché cible des startups est le monde.
  • Leur concurrence est le monde.
  • La culture startup est celle de l’ouverture.
  • Elles doivent aller vite.

À cette apparente méconnaissance s’ajoute une vision du monde dangereuse pour notre économie. Alors que le monde des startups françaises rencontre encore en France un certain nombre de problèmes d’un autre temps —en raison de la vision territorialisée et pré carré des collectivités locales et de leurs soutiens, problématiques qu’il faudrait clairement dépasser le programme du FN lui-même centré sur une culture de « territorialité ultime » sur bien des points (frontières, protectionnisme, monnaie, Europe, nationalité, préférence nationale, immigration légale, innovation fixée en France …) est ainsi d’une absurdité et incompétence totale sur la thématique startup et par conséquent sur le thème de l’emploi.

 

Les startups nécessitent une ouverture sur le monde.

Le marché et la concurrence des startups est le monde, cela est intrinsèque à leur modèle, aussi elles doivent s’ouvrir et aller vite face à leurs concurrents.

À ce titre il est évident qu’elles doivent avoir un premier marché facilement accessible, le plus grand possible. C’est l’objet des travaux d’harmonisation européenne et notamment du marché unique numérique, qui certes tardent mais sont essentiels. La taille de marché est un élément de survie d’un projet startup. Une Europe harmonisée en ce sens pourrait être ce premier marché nécessaire pour les startups françaises, malheureusement à l’étroit sur le seul marché français trop petit et trop isolé pour se mesurer au monde.

Pour s’attaquer à un marché mondial, l’hybridation, le contact avec des cultures, des usages et savoir-faire étrangers (partenaires, salariés, technologies, journalistes, investisseurs, clients et entreprises) sont un corolaire indispensable.

En tant qu’entrepreneur, entre deux candidats à l’embauche aux parcours identiques, je choisirais toujours celui qui présentera la plus grande expérience étrangère, car apportant plus à l’équipe et à l’entreprise. Lorsque son marché est le monde, il est évident qu’avoir une équipe multiculturelle est un atout.

Plus significatif encore, le nombre de créateurs d’emplois étrangers dans divers pays. Je crois qu’il s’agit là d’une histoire d’envies. Deux chiffres qui ne sont que des exemples sont particulièrement parlants pour illustrer la réalité de ce besoin d’ouverture :

  • Selon une infographie de l’état des startups berlinoises en 2013 publiée par Venture village, 44% des nouveaux entrepreneurs berlinois ne sont pas allemands ; pas « non berlinois », mais bien « non allemand ».
  • De même aux États-Unis où en 2014, les immigrants créent presque 2 fois plus d’entreprises que les natifs. (source Entrepreneurship policy digest Kaufmann Foundation maj en sept 2015).

 

Travailler à être attractif.

Nous devons donc attirer des talents étrangers.
Les meilleurs startupers, souhaitant conquérir le monde, sont forcément très mobiles et n’ont peur ni des frontières, ni des autres cultures.

Pour attirer des talents très mobiles, la route est longue, et passe par des dispositifs avancés d’attractivité. Travailler à être attractif est l’objet de la French Tech qui est un dispositif de communication, mais surtout et avant tout un dispositif d’attractivité, rendu nécessaire pour faire face aux efforts déployés par les autres capitales mondiales afin d’attirer ces mêmes talents dans leurs écosystèmes respectifs.

Cette concurrence en matière d’attractivité entre villes au niveau international est féroce et sans appel.

Barcelone par exemple n’est qu’à 3 heures de Toulouse. Là bas, rien que le district 22@ représente 4 millions de m2, de bureaux et lieux de vie. Nous y croisons régulièrement un grand nombre d’entrepreneurs startupers français qui ont choisi d’y installer leurs entreprises. Or, j’avoue, après des années au cœur de l’écosystème startup, n’avoir jamais croisé le moindre startuper espagnol installé à Toulouse.

Le Lifestyle et le don aux autres (“Pay-it-Forward culture” par exemple) sont essentiels pour attirer le meilleur de cette communauté cible.

Il est nécessaire de travailler encore plus en ce sens, sur cette attractivité et donc de construire une stratégie forte d’ouverture et de don aux autres plutôt que de brider un ensemble déjà en retard.

Alors, il y a, bien sur, un grand nombre de raisons bien plus importantes que celles qui concernent les startups et même l’emploi, pour ne pas voter pour le FN dimanche prochain. Mais puisque le sujet startup est mon sujet, je ne peux que constater avec évidence et sans forcer le trait, que concernant l’emploi, pour nous et nos enfants, ce n’est clairement pas pour le FN qu’il nous faudra voter dimanche, mais bien pour En Marche.

Benjamin Bohle-Roitelet Author: Benjamin Bohle-Roitelet

founder of ekito,
gentleman entrepreneur,
co-founder of several French Tech,
co-producer of FailCon

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