Comment un Fab Lab a failli me qualifier pour la FailCon

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Préambule

Il ne sert à rien de se voiler la face, beaucoup de personnes à ekito sont des touche à tout, tant dans le travail que dans les loisirs. Certains font de la musique, certains font du sport, d’autres cuisinent et d’autres encore aiment bidouiller (liste bien entendu non exhaustive et non exclusive). De mon côté, l’historique de mes billets sur ce blog me classe sans hésitation dans la dernière catégorie. Et ce sont des conséquences de cette dernière dont je vais vous parler.

Acte 1 : j’ai une idée !

Où : le matin sous la douche
Quand : en 2012

Pour être honnête, j’ai des idées plus ou moins régulièrement. Mais dans la grande partie des cas, elles passent par le processus suivant : j’ai une idée ; j’y pense vaguement ; je la mets de côté. De là, deux possibilités : ou bien elle tombe dans l’oubli, problème réglé (90%) ; ou bien elle ressurgit quelques semaines / mois après, et là elle mérite sûrement que je m’y attarde (10%). Cette fois-ci, ça a été un peu différent : je n’ai jamais réussi à mettre cette idée de côté. Longtemps j’ai eu cette petite voix dans ma tête me disant : « Et si tu lançais un fab lab ? »

fablab_idea

Et les idées qui ne vous lâchent pas ont le même résultat que les enfants tentant la technique de la guérilla du « Je veux ! Je veux ! » avec les parents : la plupart du temps, on finit par céder pour avoir la paix.

Donc c’est parti, je me lance.

Acte 2 : je pars bille en tête…

Où : sur le canapé devant la télé
Quand : juin 2013

… et sans réelle méthode ou but précis, aussi connu sous le nom de « ton projet ne va pas aller bien loin ». Et là, vous devez commencer à comprendre le titre du billet.

Grosso modo : je trouve un nom, je réserve un nom de domaine, j’y colle un blog et voilà, je viens de finir la partie la plus facile. Mon idée était la suivante :

  1. je me fais un beau kit de présentation,
  2. je fais le tour des mairies du coin en leur demandant si elles auraient un local pour une future association pas encore existante,
  3. si jamais j’obtiens une réponse positive, j’essaye de créer l’association,
  4. enfin, une fois l’association créée, je commence à m’inquiéter des finances.

Bien entendu, je n’ai jamais dépassé le point 2. J’en avais déduit qu’habitant dans un coin assez… rural, les mairies manquaient de locaux disponibles (du moins c’est ce qui m’était répondu à chaque fois). Je pense qu’il y avait du vrai dedans, mais il y avait un autre point auquel je n’avais pas pensé, et qui sera abordé au point suivant.

Acte 3 : pendant ce temps…

Où : …à Vera Cruz Mauvaisin
Quand : octobre 2013 

Il faut vous l’avouer, au bout de quelques mois infructueux, je commençais à me décourager. Et en octobre a eu lieu un Open Bidouille Camp dans le village de Mauvaisin, avec entre autres un atelier « accélérateur de projet ». L’idée de cet atelier est la suivante :

  • Toute personne ayant un projet le soumet au public présent (5 minutes)
  • Le public pose toutes les questions qu’il juge utile au porteur de projet (5 minutes)
  • Les membres du public échangent entre eux, sans que le porteur de projet ne puisse intervenir ; mais il peut prendre toutes les notes qu’il juge nécessaire (20 à 30 minutes)
  • Le porteur de projet synthétise ses notes (2 minutes)
  • Le porteur de projet fait un retour en fonction des notes prises et de leur synthèse. Ce retour peut confirmer l’orientation initiale du projet, ou bien définir de nouvelles priorités ou de nouveaux objectifs (5 minutes)
  • Un dernier échange a lieu pour avoir le ressenti des différents intervenants, ou les axes d’amélioration du processus (5 minutes)
  • Fin de l’accélération de projet, discussions libres.

Ma femme me convainc d’y participer (« Mon mari, il a une idée et veut en parler… oui, le barbu là ! »), et donc je me jette fais jeter dans l’arène.

fablab_arene

Il en était ressorti le point suivant : d’abord trouver des personnes intéressées par l’idée, créer l’association, et seulement ensuite aller voir les mairies. Deux avantages à cette méthode :

  1. La charge de travail est répartie sur plusieurs personnes, ce qui permet de souffler plus fréquemment,
  2. Une association aura plus de poids qu’une personne seule devant les élus.

Autre point positif sur le moment, cet évènement m’avait ouvert une possibilité de local, mais qui s’est révélée être une impasse par la suite.

Acte 4 : qui ne tente rien n’a rien

Où : chez moi, je suppose
Quand : janvier 2014

Pendant les derniers mois de l’année 2013, le projet n’avait pas beaucoup avancé, la faute à un découragement certain et une charge de travail non négligeable. De plus, malgré les idées obtenues lors de l’Open Bidouille Camp, je ne savais pas vraiment comment chercher d’autres personnes intéressées.

Et c’est là que les concepts régulièrement utilisés à ekito et présentés par les collègues finissent par rentrer dans ma tête : Lean Startup, je crie ton nom ! Plus précisément une des parties de ce concept : la landing page qui permet de collecter les emails des gens intéressés par une idée, et donc d’avoir une estimation de l’étendue du public cible.

Donc là aussi je me fais techniquement plaisir : appli Play!, hébergement heroku, sauvegarde des réponses des gens dans un datastore Kinvey. Puis « publicité » pour cette page via le blog du futur Fab Lab, via les réseau sociaux, et impression de flyers déposés dans les commerces des communes du coin.

fablab_landing

Pour cette partie, je me suis donné deux mois pour toucher au moins dix personnes. Sans ça, je laissais tomber définitivement l’idée.

Acte 5 : tout s’accélère

Où : quelque part, en Haute-Garonne
Quand : à partir de mars 2014

Finalement, à la date limite, 15 personnes s’étaient inscrites sur la page. L’association est née officiellement trois mois plus tard avec 9 membres fondateurs, un local a été gracieusement fourni par la mairie de Cintegabelle durant l’été, et le Fab Lab a été inauguré fin septembre et compte à l’heure d’écriture de ce billet 17 membres.

fablab_success

Postambule

Comme l’indique le titre du billet, j’ai donc failli gagner ma place d’intervenant à la failcon toulousaine, même si les choses se sont arrangées entre temps. Les conclusions :

  • Un projet associatif reste assez proche d’un projet entrepreneurial, même si les finalités ne sont pas identiques,
  • La première idée, ou du moins sa méthodologie de réalisation, est souvent mauvaise,
  • Demandez conseil autour de vous, de bonnes idées pourront toujours émerger,
  • Si possible, ne vous lancez pas seul : vous finirez débordé par l’ampleur de la tâche, et donc découragé avant l’heure,
  • Le lean startup, c’est bon, mangez-en (même si de mon côté, je n’en ai pas eu une utilisation très orthodoxe),
  • Et pour finir : venez nous voir à Cintegabelle : Fab Lab Sud31-Val d’Ariège

Arnaud Boudou Author: Arnaud Boudou

Développeur Java et mobile (iOS) ; enthousiaste des TIC ; photographe amateur (un jour, peut-être…).

Mes hashtags : #j2ee #objc #raspberrypi #inneedforgadgetry

@boudouarnaud sur Twitter

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